Il va bien falloir que je m'y mette à cette note sur la ville champignon. On va faire ça en plusieurs (deux) étapes. Sur le coup, ce fût clairement l'épreuve, une réaction quasi-épidermique qui me poussai à fuir ce pays. Mais plus le temps passe, plus je mesure l'impact de ce monstre urbain sur mes neurones. En l'occurence ma sempiternelle fascination pour les villes en tant qu'organisme vivant.
Shàng/hǎi = Sur/Mer, à l'origine donc un tranquille petit village de pêcheur, avant que les occidentaux ne s'en emparent au 19 siècle pour en faire un comptoir commercial. Aujourd'hui c'est "juste" la 8ème mégalopole mondiale avec 16 millions d'habitants (Paris intra-muros : 3 millions), et le plus important complexe portuaire au monde.
Arrivé sur les coups de 20h par avion de Pékin, j'ai pris le mauvais bus à la sortie de l'aéroport, sur les indications périmées du Routard et du Lonely Planet. Ils s'y sont mis à deux les fourbes ! La ligne 96 m'amena sous un sympathique mais titanesque tronçon d'autoroute suspendu à une quarantaine de mètres du sol (voir ci-dessus), de quoi loger un immeuble de dix étages sous ses petits pieds. Me voilà perdu (sans plans) à une bonne dizaine de kilomètres de mon objectif initial : l'Astor House Hotel, dans le centre-ville. Force et courage, joie dans les coeurs, je commence à remonter vers le Nord (j'ai quand même eu la prescience de surveiller le trajet du bus) avec mes petites pattes. Bon, marcher ça va bien 5 min (3/4 d'heure en l'occurence), mais à ce rythme là, j'y serait au petit matin. Et vu mon rythme de marathonien des derniers jours, c'est en civière que je vais y arriver. Donc hop, taxi.
Voici l'Astor House Hotel (à gauche), anciennement Richard's Hotel, et nouvellement Pujiang Hotel. Un palace de 150 ans fournissant aussi des lit en dortoir bon marché. Plancher qui craque, lustre au plafond, c'est un Titanic terrestre au charme suranné. Contrairement à Einstein, Charlie Chaplin et le président américain Grant, je n'en verrais que le Hall d'un autre temps, tous les lits étant pris.
Tant pis, j'ai d'autres cartes en main, dont le Captain' Hotel. Y'a pas à dire, les YMCA (Auberge de Jeunesse), c'est le bien pour tout voyageur fauché : pas cher et -relativement- propre. Et celui-là, avec sa déco marine et sa grande carte du golfe du Morbihan (décidemment, ça me poursuit) est plutôt mimi. On dépose les affaires dans le casier du dortoir, et zou, ballade nocturne.
Promenade à 23h le long de Nanjing Road, l'une des rues les plus commercante au monde, qui relie les magnifiques constructions coloniales du Bund (la rive du fleuve Yangtze) au futuriste Parc du Peuple.
Entre les deux, une bouteille de coca en néon de la taille d'un immeuble (ci-dessus), 4 ou 5 Mac Do, et surtout le plus impressionant paquet de relou que j'ai jamais vu. En quelques centaines de mètre, pas moins d'une quinzaine de vendeurs à la sauvette/arnaqueur/rabateurs m'auront alpagué. Ils repèrent le Lao Wai (Long Nez = occidental = possesseur de pognon) à 50m. Un de ces énergumènes, me voyant arriver alors qu'il pissait sur les pierres centenaires d'un illustre hotel anglais, n'a pas hésité à dégainer de façon tonitruante le rituel "Hey, beautiful girl ?!" tout en continuant de se vider la vessie. A quoi j'ai répondu par un non moins tonitruant -et très français- "mais finis de pisser au moins, connard !". Ce n'est pas très élégant certe, mais au moins ça soulage.
Récapitulatif : petite bourgade de 7 millions d'habitants à quelques centaines de kilomètres au sud de Pékin, sur la côte. Ancienne colonie allemande, dont ne reste que de vieilles bicoques mal entretenues et la célèbre brasserie du même nom, toujours gérée par les teutons. Le vieux quartiers (le gros cercle au milieu de la carte) a d'ailleurs été remplacé par une ôde étilique aux JO 2008, dont la ville accueillera les épreuves nautiques.
A vrai dire j'avais prévu un parcours différent, avec pélerinage via rail jusqu'à Tai Shan, une des 5 montagnes sacrées chinoises, dodo au sommet, et tutti-quanti. Mais les voix(es) de la gare de Pékin étant impénétrable -en tout cas la façon d'obtenir un billet- j'ai du revoir mes plans au dernier moment et ne prendre l'avion que le dimanche matin à l'aube. Du coup c'est avec un mélange de frustration de ne pas faire ce que j'avais prévu et d'exitation de sortir (enfin) de Pékin que j'arrive à Binouze-sur-Mer pour une courte journée avec baignade nocturne entre amis requins à la fin...
Résumé des épisodes précédents, et fin : plutôt que de passer 3 mois enfermé dans un bureau pékinois, certes sympathique mais pauvre en expérience, Tibö décide d'écourter son séjour en terre bridée à 2 mois, en prenant une semaine pour en visiter un petit bout.
Pris 5 fois l'avion en 6 jours, parcouru l'équivalent d'au moins 3 marathons en une semaine, vive les vacances.
Dimanche : Tsing Tao, LA ville de la bière du même nom. Normal, c'est une ancienne colonie allemande. Je m'imaginai une station balnéaire tranquille genre La Baule-les-Bains, au lieu de ça j'ai eu droit à une charmante bourgade cotière de 7 millions d'habitants avec quartier d'affaire faisant passer La Défense pour une boite de playmobil, qui n'est pas sur la plupart des cartes occidentales. Bain nocturne, il y avait encore des chinois à nager, mais comme ils ne savent pas nager et ont peur des requins, il sont arrêtés par un mur invisible à 3m de la côte. Les nouilles. Mention spéciale au "Quartier des 8 Portes" indiqué dans le Lonely Planet de 2003 qui évoque un "quartier bavarois où il est agréable d'y flâner". Sur place je trouve un énorme square de fête foraine -ils ont tout rasé les cons-, avec ça au milieu (plaira à certains) :
Lundi levé 5h du mat' pour aller à l'aéroport, revenir à Pékin, faire des aller-retour en vélo inutiles pour les billets du lendemain. Prendre un des minibus que j'affectionne (en photo seulement), avec un bridé se prenant pour Schumacher au volant, et c'est parti pour 3h de route dans les montagnes direction un gros tas de caillou appelé "Grande Muraille". Je pensais que c'était un truc vaguement ondulé et relativement pédestriable. Queud'. Des angles à 45 voir 90°, et une surface magnifiquement non-entretenue au bout d'un kilomètre. Alors que l'on a dû en faire 4 ou 5. Le plus vicieux étant qu'à chaque tour de garde, tu as envie de continuer pour voir l'autre coté de la vallée. Nuit passée dans une sorte d'auberge sympa mais aux toilettes/douches pûrement abominable (le trou "à la turc" à 20cm du pomeau de douche), et au patron filouteur comme rarement. En même temps avec la nuit à 2€50...
Retour avec le Schumi des minibus, passage éclair à l'appart' pour récupérer un peu de linge propre, passage tout aussi éclair dans un énorme complexe de gratte-ciel qui existait à peine lors de mon arrivée pour prendre les billets, et zhou retour à la case "aéroport". Logé à Shanghai au "Captain Hotel", une auberge de jeunesse à l'occidentale (donc clean, enfin) dans le centre-ville. Arrivé vers 20h -14h en France-, et c'est juste fou. Sur la rive droite l'ancienne concession franco-anglaise du 19e siècle avec ses bâtiments Hausmano-victoriens colonialistes, de l'autre une forêt de gratte-ciel. Il y a 10 ans il n'y avait que des rizières :
Enfin les bridés commencent franchement à me taper sur le système. Ils te regardent de haut quand tu essaye de leur parler anglais (99% n'y comprennent rien), et se marrent quand ils voient que tu ne parles pas chinois, alors qu'ils vont juste acceuillir les JO dans 2 ans. J'imagine la chose, ça va être une gigantesque catastrophe touristique. Mais surtout ils entubent à tour de bras. Pas parce qu'ils sont malin, non (on peu les arnaquer sans problème). Mais parce qu'un plus malin leur a filé le tuyau.
Entre les "cidi, dividi" (cd/dvd), "seur, seur, cood wateur" (sir, sir, cold water), les "doo you want a bootifool girl" (10x rien que le premier soir à Shanghai), et les faux mendiants, ils gagnent le titre de peuple le plus pénible de la planète haut la main.
J'avoue j'en ai quand même pris plein les mirettes, mais je suis heureux d'être rentré !
P.S. : Ceci n'est PAS la dernière note, même si je suis rentré depuis deux semaines. Avec tout ce que j'ai, je compte bien faire une note pour chaque ville.
Le mauvais temps regnant depuis plusieurs semaines sur Pékin m'empêchant de prendre autant de photos que je le souhaite, on va faire un peu de ménage dans les vidéos.
6h du matin, une heure après la victoire de la France contre l'Espagne
Pour une poignée de néons
Une machine soignant la myopie : les opticiens ont du soucis à se faire
Tant qu'à m'user les neurones sur Flash-mon-amour au boulot, autant le faire bien et vous en faire profiter (y'a pas de raison) :
Pékin vu du toit de la boîte
Entrée de la-dite boîte (burö-Tibö : 1ère à droite)
Quelques photos de ces derniers jours dans le désordre, en compagnie de nos amis les futurs maîtres du monde :
Et parce qu'on les aime bien (enfin surtout moi), d'autre camionettes pouêt-pouêt :
Ah, et enfin c'est fraîchement officiel : je raccourci mon stage pour visiter le reste de la Chine, et avoir un peu de vacances au pays du fromage qui pue. Avant le retour au monastère pour le round final.
Soit "Summer Palace" (Il n'y a pas de raisons qu'il n'y ai que moi qui souffre le martyre avec cette langue d'extra-terrestre).
Hop, je profite des deux seuls jours de beau temps de ces dernières semaines pour fair un autre "indispensable" pékinois : Le Palais d'Été. En fait un grand parc entourant un lac, à l'extérieur de Pékin. Nettement plus agréable que la Cité-machin. Fin de journée (on ne m'aura pas deux fois), de l'espace pour poser ses pieds, de l'air pour respirer, on voit même les montagnes.
En espérant que cela aura au moins rafraîchi vos yeux caniculés (ce n'est pas un gros mot, même s'il n'existe probablement pas). Bien à vous.
Couché à 2h du mat' un samedi soir (enfin dimanche matin), normal. Levé à 7h un dimanche matin, pas normal. En fait je pensai que cela serait suffisant pour éviter les hordes de touristes occidentaux. C'était sans compter l'esprit de lemmings des chinois. Arrivé une demi-heure avant l'ouverture, je me retrouve en face de plusieurs centaines de ces sympathiques énergumènes assiegeant la billeterie depuis l'aube.
Au moins je peux me consoler en me disant que je suis le seul occidental assez fou pour sacrifier une matinée de grasse mat'...
150 000 m carrés (3 fois Versailles) et 9999 pièces, en 5h on fait "le tour". Encore que un bon gros tiers est fermé au public, et une bonne partie (comme le Hall de L'Harmonie Suprème, le gros bidule recouvert d'un trompe l'oeil), en rénovation avant les JO 2008. Enôôôrme et vide à l'entrée, l'espace, les bâtiments et les perspectives se réduisent pour devenir une succession de ruelles et villas choupinettes. L'on a -à peine- l'impression que les 1,4 milliards de chinois se sont donnés rendez-vous à l'endroit et l'heure précise où l'on pose les pieds dans le jardin impérial (en haut sur le plan, voir la 9e photo).
Enfin je les comprends, c'est de loin l'endroit le plus sympa.